Mise à jour · Avril 2026 · 3 800 mots
Pendant longtemps, le trauma psychique a été pensé comme un événement : une déflagration ponctuelle, un avant et un après. Cette définition, héritée des névroses de guerre, reste utile pour les traumas dits simples (TSPT-I), mais elle laisse hors-champ tout ce qui constitue, statistiquement, la majorité du réel clinique : les traumas développementaux, relationnels, chroniques, structurels, hérités. Soma fait l'hypothèse que penser le trauma au XXIe siècle exige d'élargir le cadre — sans dissoudre la spécificité de chaque catégorie.
Une typologie ouverte
TSPT-I et TSPT-C
Le DSM-5 reconnaît le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Judith Herman, dès 1992, a montré que le trauma complexe (TSPT-C) — répété, prolongé, relationnel — produit un tableau clinique distinct, intégrant des atteintes à la régulation affective, à l'identité et aux relations. L'ICD-11 a fini par le reconnaître ; le DSM, lui, traîne.
Trauma développemental
Bessel van der Kolk a proposé cette catégorie pour désigner les traumas survenus dans la fenêtre de construction du système nerveux et de l'attachement. Le symptôme adulte y prend souvent la forme d'une dérégulation chronique plutôt que d'une mémoire intrusive identifiée.
Trauma transgénérationnel et intergénérationnel
La distinction est précieuse. Intergénérationnel : ce qui se transmet consciemment ou inconsciemment d'une génération directe à la suivante (gestes, discours, silences, organisations familiales). Transgénérationnel : ce qui saute des générations, ce qui se transmet sans contenu, ce qui hante. Les travaux de Nicolas Abraham et Maria Torok sur la crypte et le fantôme restent fondateurs.
Trauma colonial et décolonial
Frantz Fanon a posé l'hypothèse dès Peau noire, masques blancs (1952) : la colonisation produit une effraction psychique qui s'inscrit dans le corps, dans la langue, et qui se transmet. La psychologie décoloniale contemporaine (Grada Kilomba, Joy DeGruy) a précisé ce cadre.
Épigénétique du trauma
Les travaux de Rachel Yehuda sur les descendants de survivants de la Shoah et ceux de Moshe Szyf ont montré que certaines expériences traumatiques laissent des marques épigénétiques (méthylation de l'ADN) potentiellement transmissibles. Ces résultats demandent prudence dans la vulgarisation : l'épigénétique n'est ni un déterminisme, ni une métaphore. Lire l'étude décryptée →
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Maillage latéral
Ce pilier dialogue directement avec Système nerveux (le trauma s'écrit dans l'autonome) et avec Santé mentale & marges (les traumas structurels affectent inégalement les corps situés).
